Uriner en vol, c'est LE sujet qu'on évite soigneusement d'aborder au club, et pourtant, dès qu'on enchaîne les heures de vol ou qu'on part en cross, la question devient vite incontournable. Résultat : beaucoup préfèrent se déshydrater volontairement avant un vol de distance plutôt que d'affronter le problème, une fausse bonne idée qui joue directement contre la concentration, la mémoire et donc la sécurité en vol.

Entre la diurèse froide, la pression exercée par la sellette sur la vessie et le stress des thermiques, l'envie pressante arrive souvent plus vite en l'air que derrière un bureau. Pour les pilotes féminines, la question se complique encore : comment faire sans interrompre son vol, sans se déshydrater et sans subir de fuites ?

Heureusement, des solutions existent : couches jetables, She-P, Easy Peesy, collecteurs d'urine, bricolage maison... Chacune avec ses avantages, ses limites, et sa courbe d'apprentissage. Dans cet article, Victoria Saunal, notre monitrice, lève un tabou : pourquoi on a (vraiment) plus souvent envie en vol, pourquoi se retenir n'est jamais une bonne stratégie, et surtout, quel dispositif choisir selon votre style de vol, votre budget et votre confort. Avec, en bonus, les astuces des pilotes qui sont passées par là avant vous.

Disclaimer : Les solutions proposées dans cet article s’adressent aux personnes dotées d’un appareil génital de type vulve. Cependant, le sujet « faire pipi en parapente » est universel, et les problématiques abordées nous concernent tous et toutes. Si le sujet vous intéresse et que vous êtes doté d’un appareil génital de type pénis, je vous invite à lire cet article : vous y apprendrez peut-être quelque chose. Et vous pourrez le partager avec les pilotes féminines de votre entourage.

Uriner lors des vols de distance

Lorsque l’on passe du vol local au vol de distance, l’envie d’uriner devient un enjeu très concret. Mais pourquoi cette envie est-elle parfois plus fréquente ou plus urgente en vol que lors d’une journée de travail devant un ordinateur ?

1. Une réponse directe du corps au froid

Lorsque les températures baissent, le corps s’adapte pour protéger les organes internes. Il concentre le sang vers les organes vitaux comme les reins. Ces derniers, plus irrigués, produisent plus d’urine. Ce phénomène s’appelle la diurèse froide.

2. La contraction des abdominaux

La vessie est un organe du système urinaire, situé sous les muscles abdominaux. Ses parois sont constituées d'un muscle lisse. En sellette, la posture gainée contracte les abdominaux, qui exercent une pression sur la vessie. Résultat : envie pressante plus rapide. Et nos appuis sellette n’arrangent rien !

3. Une réponse du corps au stress

Thermiques, cross ambitieux, turbulences : tout cela peut générer du stress.

Or, l’envie d’uriner est également considérée comme un symptôme « normal » du stress. Il raidit les muscles abdominaux, augmentant la pression sur la vessie.

Ces trois facteurs favorisent l’apparition plus rapide d’une envie pressante lors de notre pratique du parapente, surtout lors des vols de distance.

Se retenir ou moins boire ? Mauvaise idée

Sur 50 pilotes interrogées, seules 12 affirment boire normalement avant ou pendant le vol. La majorité restreint volontairement son hydratation pour éviter les problèmes… une stratégie qui peut avoir des effets néfastes.

Les risques de la déshydratation

De nombreuses études se sont focalisées sur les troubles cognitifs dus à des taux de déshydratation supérieurs à 2 % de perte de masse corporelle. Ce qui correspond à une déshydratation légère, dont les symptômes sont la bouche sèche, l’augmentation de la soif et la faible production d’urine. Une déshydratation, même légère, altère :

  • Les fonctions cognitives : attention, mémoire, apprentissage, langage, fonctions exécutives et fonctions visuelles et psychomotrices.

  • L’humeur : inclut des sensations et émotions comme le bonheur, la tension, la vigueur, la sérénité, la sensation de fatigue ou les maux de tête, ainsi que des difficultés de concentration ou de réalisation d’une tâche.


Autant de facultés essentielles pour le vol de distance en parapente. Nous les sollicitons énormément et certaines prises de décision influencent directement notre sécurité.

Se déshydrater volontairement pour contourner la problématique du besoin d’uriner en vol est donc contreproductif, voire carrément délétère, que ce soit dans un objectif de performance ou même de sécurité.

Problèmes de santé

Parfois, se retenir de boire ou d’uriner peut même engendrer ou aggraver des problèmes de santé.

C’est le cas des infections urinaires ou cystites, dont les premiers conseils pour soulager les symptômes sont : buvez abondamment, plus d'1,5 L d’eau par jour, et ne vous retenez pas d’aller uriner. Un tiers des femmes sont touchées au cours de leur vie. Lorsque l’infection atteint le rein, on parle de pyélonéphrite.

Se retenir d’uriner est une habitude qui peut aussi entraîner un affaiblissement du périnée, qui se traduit par des pathologies comme ne plus ressentir l’envie d’uriner, un dysfonctionnement de la vessie (elle se remplit trop vite ou est trop grosse), ainsi que des incontinences à l’effort.

Chez la femme, l’urètre plus court facilite la remontée des bactéries vers la vessie. D’où l’importance d’uriner régulièrement.

Les différentes solutions

1 – Les protections absorbantes jetables (couches)

Ces protections, utilisées par 65 % des femmes interrogées, se présentent sous forme de slips à enfiler ou à scratcher, ou bien de serviettes absorbantes à coller sur les sous-vêtements. Elles sont disponibles avec différents niveaux d’absorption.

> Avantages : Disponibles partout, en pharmacie ou dans certains supermarchés, dans toute la France et même à l’étranger.

Elles sont faciles à prendre en main et rapides à installer au décollage ou à la maison avant de venir voler, et à enlever à l’atterrissage.

Elles sont peu onéreuses et permettent de faire un essai pour celles et ceux qui commenceraient à allonger les vols et à ressentir le besoin d’uriner en l’air.

Une couche coûte entre 1 € et 1,50 € l’unité. Elles sont généralement vendues en paquets de 6 à 15. Choisissez bien votre taille et votre niveau d’absorption.

> Inconvénients : Elles ne rendent pas justice aux courbes gracieuses de nos incroyables fessiers sur le décollage. Mais peu importe, elles seront vite cachées par la sellette.

Après un ou deux pipis, elles atteignent vite leur capacité maximale, gare à la saturation si le vol se prolonge. La sensation d’humidité peut être désagréable, même si certains modèles modernes restent étonnamment secs.

D’autre part, la couche, une fois utilisée, doit être jetée. C’est un (gros) déchet, cela peut en rebuter certains et certaines.

2 - Les couches lavables

Certaines marques proposent des culottes absorbantes lavables. Mais elles n’existent que pour les incontinences légères. Pas de quoi supporter les trois énormes pipis de notre prochain vol de 5 h.

Cependant, au même titre que des culottes de règles lavables, elles peuvent tout à fait servir de « sécurité » à ajouter à une autre solution urinaire, que nous verrons juste après.

Le système She-P a été conçu il y a plus de 10 ans aux Pays-Bas, pour permettre aux femmes qui plongent en combinaison étanche d’uriner lors des longues plongées.

Le dispositif est composé d'un réceptacle en silicone très souple qui vient se coller sur la vulve à l'aide d'une colle silicone médicale. L'extrémité du She-P se compose d'une prolongation souple sous forme de tuyau, qu'il conviendra de faire sortir de la sellette pour uriner en vol.

> Avantages : Lorsqu’il est bien installé, le dispositif est très fiable (pas de fuites) et se fait oublier. En silicone souple, il est confortable à porter et discret. Il permet de faire pipi en vol sans se poser de questions plusieurs fois dans le même vol.

Il est fourni avec une petite pochette avec tout le nécessaire pour l’installation. Il peut d’ailleurs être installé au décollage ou à la maison avant de venir voler, et enlevé à l’atterrissage. Il est possible de marcher une courte marche d’approche avec.

Il existe une communauté de femmes qui portent le She-P et qui s’entraident pour son utilisation et répondent aux questions, même les plus tabous.

> Inconvénients : L’installation du She-P nécessite d’être épilée intégralement ou rasée de près. En effet, pour que le réceptacle en silicone colle à la peau et qu’il n’y ait pas de fuite, il ne faut pas de poils. Pour pouvoir l’enlever sans douleur également.

Le She-P est un investissement avec un prix avoisinant les 250 €, même s’il est réutilisable à vie. La colle qui permet de l’installer et l’antiadhésif qui permet de l’enlever sont des consommables.

Il nécessite une bonne prise en main pour une installation fiable et rapide.

3 - L’Easy Peezy

L’Easy Peesy a été créé il y a 30 ans pour l’équipe nationale féminine allemande de vol à voile, pour leur permettre d’uriner lors des longs vols en planeur.

Il est fabriqué à partir de plastique. Le côté le plus long est inséré dans le vagin comme un tampon, à environ 3 cm de profondeur. Le réceptacle de l’Easy Peesy doit être positionné devant l’ouverture urétrale.

> Avantages : Le dispositif est facile à installer au décollage ou même en vol. Il ne nécessite pas de préparation spécifique ou d’adhésif. Une fois installé, il est maintenu avec les sous-vêtements.

Il est réutilisable et discret, facile à nettoyer. Et il permet d’uriner plusieurs fois dans le même vol.

Il est fourni avec une petite boîte de rangement et tout le nécessaire pour l’installation du tuyau.


> Inconvénients :
L’Easy Peesy est un investissement avec un prix de 175 €, mais il est réutilisable à vie, sans coût supplémentaire.

Pour certaines pilotes, surtout en sellette assise ou avec certaines sellettes à cuissardes, l’Easy Peesy peut être inconfortable, voire douloureux.

Il est également plus délicat à maintenir en place et d’éviter les fuites. Il est donc préférable de porter en parallèle une couche ou une autre protection.

4 - Le collecteur d’urine

C’est une sorte de slip parfois réglable, équipé d’un réceptacle en plastique, raccordé à un tuyau. Il est installé à même la peau au décollage ou à la maison. En vol, il nécessite de se redresser légèrement pour permettre l’évacuation.


> Avantages : 
Il est peu cher. En effet, il existe plusieurs modèles qui peuvent être trouvés sur Internet entre 5 € et 30 €.

Il est réutilisable après lavage et permet d’uriner plusieurs fois dans le même vol.

> Inconvénients : En vol, il nécessite de se redresser légèrement pour permettre l’évacuation.

Il est moins stable que les systèmes collés ou intégrés et peut nécessiter une protection absorbante en parallèle en cas de fuite ou de débordement.

Comme il existe beaucoup de modèles avec des prix allant du simple au double, il n’est pas facile de choisir lequel sera le plus confortable et le plus adapté à notre morphologie et à notre sellette.

5 - La solution Do It Yourself

Certaines pilotes ingénieuses ont créé leur propre dispositif à partir d’un petit masque respiratoire (type enfant) relié à un tuyau souple.

Elles l’installent dans la sellette avant de décoller et se redressent légèrement au moment d’uriner en vol.


> Avantages : 
Il faut avoir envie de bricoler un peu, mais le dispositif est résistant et économique. En effet, un masque anesthésique coûte seulement quelques euros sur Internet.

Il est simple à utiliser et facile à adapter à sa morphologie en choisissant la taille du masque. Et il permet d’uriner plusieurs fois dans le même vol.

Si vous choisissez de le fabriquer avec un gros tuyau, il permettra un gros débit.

> Inconvénients : La partie masque peut appuyer contre l’intérieur de la cuisse et donner des irritations/douleurs. Cela peut disparaître après un ou deux vols, car le masque est assez flexible et s’adapte à la forme.

Il est parfois délicat d’éviter les fuites. Il est donc préférable de porter en parallèle une couche ou une autre protection. Il n’est pas très compact, pas très discret, ni très léger.

6 - Collecteur urinaire féminin Hollister

Dispositif médical à usage unique, proche du principe du Pénilex masculin. C’est un réceptacle en plastique souple préenduit de colle médicale qui vient se placer sur la vulve.

> Avantages : Il est discret et confortable et permet d’uriner plusieurs fois durant le vol.

Il ne s’utilise qu’une seule fois et permet de tester, de faire un essai pour celles qui commenceraient à allonger les vols et à ressentir le besoin d’uriner en l’air.

> Inconvénients : Cependant, une fois utilisé, il doit être jeté. C’est un déchet, et il devient vite onéreux, à hauteur de 40 € la boîte de 10.

Il n’est pour l’instant disponible que sur ordonnance en France.

L’installation du collecteur urinaire Hollister nécessite d’être épilée intégralement ou rasée de près. En effet, pour que le réceptacle en silicone colle à la peau et qu’il n’y ait pas de fuite, il ne faut pas de poils.

Les difficultés rencontrées et les astuces liées

Uriner et installer son dispositif au décollage

L’inégalité rencontrée par les femmes pour uriner dans l’espace public est une réalité quotidienne souvent banalisée, mais qui illustre très concrètement la manière dont l’espace public reste pensé par et pour les hommes.

Un décollage ou un atterrissage n’a certes pas grand-chose à voir avec une rue en ville, mais cela reste un espace public. Or, il n’est pas rare d’y voir des pilotes munis d’un pénis se soulager tranquillement derrière un maigre buisson ou simplement en tournant le dos au reste du groupe, sans que cela ne choque vraiment.

Mais qu’en est-il des pilotes féminines ? Parmi 42 pilotes interrogées, 59 % déclarent se retenir d’uriner à l’atterrissage, faute de lieu adapté.

Face à cette difficulté, certaines assument pleinement leur présence et occupent l’espace au même titre que les hommes :

« Là où un homme aurait uriné, j’y vais. ». « Je me place face à un éventuel passage et je regarde les gens dans les yeux. ».

Pour celles qui préfèrent un peu plus d’intimité, il existe des astuces simples : nouer sa veste ou son speedarm autour de la taille, par exemple.

« Le speedarm autour de la taille, ça marche très bien. Et puis, de toute façon, on a tous une paire de fesses. Bon, j’avoue, sans en faire profiter tout le monde, je ne suis pas très pudique ! »

Pour uriner au décollage ou à l’atterrissage tel un homme, il existe le pisse-debout. Cet entonnoir ergonomique en silicone réutilisable se place entre les jambes et permet d’uriner debout. Il suffit ensuite de le rincer et de le placer dans une petite pochette dans ses affaires. Plus besoin de se prendre la tête pour trouver un endroit à l’abri des regards pour s’accroupir.

Une amie m’a appris une dernière technique imparable que j’utilise désormais très régulièrement, notamment pour mettre et enlever mon dispositif au décollage et à l’atterrissage. Elle permet également d’uriner loin des regards. Il suffit d’étaler sa voile en grand (une demi-aile suffit), de s’installer dessous, accroupi, et de bien vérifier que vous êtes totalement couverte. Là, il fait parfois un peu chaud, mais vous pouvez vous changer, enfiler votre couche, coller votre She-P… et ressortir de votre cabane comme si de rien n’était.

Pour uriner, même principe : vous faites votre affaire, vous vous rhabillez et, en vous relevant, vous prenez toute la voilure dans vos bras pour éviter qu’elle ne traîne dans votre flaque et vous la déplacez de quelques mètres.

Par respect pour les autres parapentistes, ne faites pas ça sur les zones de préparation ou de pliage.

Les fuites

Pour toutes les solutions où une protection en parallèle est conseillée, il n’est pas forcément nécessaire de mettre une couche : parfois, une serviette hygiénique suffit. Une solution plus écologique consiste à utiliser une culotte de règles lavable.

Malgré tout, 60 % des femmes interrogées déclarent avoir déjà connu des fuites avec leur dispositif. La plupart prévoient donc de quoi se changer ou se laver à l’atterrissage. En vol de distance, lorsqu’on pose loin du point de départ, il est pratique d’avoir un petit savon et d’utiliser l’eau de son CamelBak pour se nettoyer, avant d’enfiler un short propre pour le retour en stop.

Pour ce qui est de la sellette, pas de drame : la plupart du temps, elle n’est pas touchée par les débordements et, si c’est le cas, la saupoudrer de bicarbonate en rentrant à la maison suffit souvent.

Uriner en vol

Vous avez choisi votre dispositif, vous l’avez testé, installé correctement, vous avez décollé, et maintenant quand vous êtes fin prête à l’utiliser, impossible d’uriner ! 

Pour certain·es, cela se fait naturellement, mais pour d’autres, c’est un vrai défi :

« Je n’arrive jamais à me détendre en l’air pour uriner. J’écourte le vol, et la douleur devient souvent trop forte. »

Parmi elles, la confiance dans le dispositif est une priorité. Personne n’a envie de s’uriner dessus et de voler encore plusieurs heures dans son pipi. 

Testez votre dispositif à la maison, d’abord aux toilettes, sous la douche, puis habillées et assises en position de vol. 

Parce que oui le second blocage vient du fait que notre cerveau ne comprend pas que nous souhaitons uriner. La posture n’est pas physiologique, nous sommes parfois crispées et surtout nous sommes habillées.

Pour surmonter ces blocages certaines personnes ont développées des techniques, parmi lesquelles :

  • Créer un ancrage : associez un geste, une image mentale et/ou un mot à l’acte d’uriner aux toilettes. Répétez-le régulièrement chez vous pour conditionner votre corps. En vol, vous pourrez réactiver ce « déclencheur ».
  • Adopter la bonne posture : asseyez-vous bien dans la sellette, comme sur des toilettes. En cocon, pliez les jambes.
  • Utiliser la respiration : respirer profondément aide à relâcher les tensions et à initier la miction.
  • Fermer les yeux : pour certaines et certains, cela facilite la concentration et la détente.
  • Pousser légèrement sur le périnée : pratique déconseillée médicalement, mais parfois efficace pour déclencher la miction.
  • Ne pas attendre trop longtemps : plus la vessie est pleine, plus le déclenchement est difficile. Il peut être utile d’uriner rapidement après le décollage, dès que le besoin se fait sentir. Cela facilite aussi les mictions suivantes.

Conclusion

Uriner en vol n’est pas un tabou, c’est une nécessité physique et une question de confort, de santé, voire de sécurité. Heureusement, les solutions existent. Il suffit d’en parler, d’essayer et de trouver celle qui vous convient le mieux. Le tout, sans sacrifier son hydratation, ni son vol de 150 km.

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